Point de vue

Dimanche 23 octobre 2005 7 23 /10 /Oct /2005 00:00

Intervention de conclusion de Joël Roman
Directeur de la revue "Esprit"
Cofondateur de "Sauvons l’Europe"

http://www.sauvonsleurope.org/cr-roman.html

Page mise à jour le 20 octobre 2005.

Nous voilà arrivés au terme de ces rencontres, mais assurément pas au terme de notre initiative, puisque le succès de ces journées, tant par le nombre des participants (plus de 300 au total, et en moyenne 200 en permanence) que par la qualité et l’intensité des débats nous fait une obligation de poursuivre. Je voudrais tout d’abord remercier très vivement tous ceux qui ont permis à ces rencontres de se tenir ici à Rennes, en premier lieu le président de la Région Jean-Yves Le Drian. Je remercie aussi M. Pican, directeur de l’institution St-Vincent qui nous a accueilli dans ses locaux. Nous pouvons aussi tout particulièrement ovationner l’équipe des bénévoles qui ont mis leur temps, leur efficacité et leur compétence au service de la réunion fondatrice du mouvement Sauvons l’Europe  Enfin, ces rencontres n’auraient pas été possibles sans le dévouement depuis plus d’un mois, du cabinet Lysias et tout particulièrement de Nathalie Bails, l’assistante de Jean-Pierre Mignard, de Luke Vidal, ainsi que des membres du collectif d’animation et de Raphaël Mazoyer, notre webmaster.

De fait, le premier constat que nous pouvons faire, c’est que Sauvons l’Europe  rencontre un large écho et une adhésion très forte, bien au-delà du cercle des plus motivés qui sont venus à Rennes. Pour nous tous, le 29 mai dernier nous a laissé un goût profond d’amertume dans la bouche, au point que nous nous en voulions d’avoir eu à ce point raison, et d’avoir pronostiqué que le "non" au référendum marquerait un coup d'arrêt de la construction européenne. Ce ne fut pas seulement un coup d’arrêt : l’Europe s’est engagée ensuite, à travers le vote négatif des Néerlandais, qui redoubla le vote français, puis l’échec du sommet de juin, l’absence d’accord sur le budget, les atermoiements de la Commission, les dérobades des gouvernements, et encore tout récemment les palinodies à propos de l’adhésion turque, dans la voie de la régression. Il était temps que des citoyens européens, qui n’ont d’autre titre que d’être fiers d’appartenir à une réalité politique en construction et d’autre ambition que de l’asseoir solidement se rassemblent pour refuser la fatalité de ce déclin.

Après le "non"

Nous sommes donc bien évidemment revenus sur ce fameux référendum, et sur le projet de constitution, puisque le vote négatif a été à l’origine du sursaut qui donne naissance à notre mouvement. Mais nous n’y sommes pas revenus en revanchards, décidés à trouver une astuce pour tenter le coup à nouveau, en dogmatiques sourds à la volonté populaire. Nous respectons ce vote et d’avoir été défaits. Il nous faut analyser cette défaite, et en premier lieu, comprendre qu’elle est en partie provenue de notre incapacité collective de faire de l’Europe un objet familier, proche, dont chacun perçoit la nécessité et l’utilité. Voilà déjà un objectif pour notre mouvement. Nos débats ont aussi porté sur ce qu’il convenait de faire désormais de ce projet de constitution, partagés que nous étions entre la nécessité, fortement réaffirmée par plusieurs, notamment Enrique Baron Crespo, de ne pas mépriser le vote de ceux des Européens qui avaient déjà dit oui, ni préjuger de la décision de ceux qui ne s’étaient pas encore prononcés, et celle de ne pas tenir pour anodin et pour un simple accident de parcours le refus de deux pays fondateurs de l’Union européenne. Impossible de souscrire au chauvinisme français qui veut tout arrêter au seul motif que les Français ont dit non, impossible aussi d’ignorer cet événement, de faire mine de continuer et de chercher une combine institutionnelle pour changer la décision française. Des hypothèses ont été avancées, notamment celle émise par Daniel Cohn-Bendit d’un texte nouveau, beaucoup plus ramassé, qui serait soumis dans les mêmes termes et le même jour à tous les Européens, et considéré comme adopté s’il réunissait une majorité de suffrages d’une majorité de pays. Pourquoi pas ? Mais cette solution, comme toute autre analogue, prendra du temps, et ne verra pas le jour avant plusieurs années. Or c’est aujourd’hui qu’il nous faut aussi réagir et tenter de trouver un nouveau souffle pour l’Europe. Les défis du monde, ceux auxquels l’Europe elle-même se trouve confrontée, qui ont été clairement soulignés ici lors des différentes tables rondes, ne sauraient attendre que nous trouvions une issue à la question de la Constitution européenne.

Un mouvement ouvert 

C’est aussi pourquoi notre mouvement, né du référendum du 29 mai, ne s’y limite pas, comme deux débats, distincts mais similaires, l’ont montré. Certains ont demandé si notre mouvement était ouvert à ceux qui avaient voté "non" au référendum, et s’il était un mouvement particulièrement marqué à gauche, ou au contraire ouvert à toutes les bonnes volontés européennes. D’autres ont souligné la nécessité de ne pas se cantonner à un mouvement français, et d’en faire d’emblée un mouvement européen. Il me semble, mais c’est là une opinion personnelle, qu’il ne faut pas se focaliser sur des questions principielles. Il est normal que ce mouvement, qui prend la mesure de la panne européenne consécutive au "non" français, soit d’abord né en France. Il est normal aussi, puisque le "non" a été majoritaire à gauche, qu’il soit principalement animé par des gens de gauche. Il est normal enfin qu’il soit issu des rangs du "oui", qui avaient largement anticipé cette panne en cas d’échec, et qui n’avaient pas bercé les gens de faux espoirs ou de mensonges sur un prétendu plan B. Nous constatons d’ailleurs que ceux qui avaient fait campagne pour le "non" en protestant de la sincérité de leur engagement européen et de leur souhait d’une autre Europe, plus forte et plus sociale, sont d’un mutisme total sur le sujet depuis le 29 mai. A croire que l’Europe ne fut pour eux qu’un prétexte commode, abandonné à la première occasion. IL reste que notre mouvement se construira avec ceux qui viendront le rejoindre, et que les déçus du "non", qui avaient sincèrement misé sur une relance européenne, y ont toute leur place. Y ont aussi leur place ceux qui se réclament de la droite politique, ou du centre, et qui soulignent à juste titre que le dessein européen dépasse le clivage droite-gauche. Néanmoins c’est à l’égard de la gauche, dont l’engagement européen fut constant et durable, que nous nous sentons la plus grande responsabilité. Nous ne sommes pas un mouvement apolitique et nous ne sommes pas non plus le banc d’essai de recompositions à venir. Enfin, nous chercherons à tisser le maximum de liens avec les autres Européens, nous les associerons à nos travaux, notamment à travers le Parlement européen, comme nous l’avons déjà fait lors de ces journées. Mais il ne nous incombe pas de construire d’emblée un mouvement à l’échelle européenne, en aurions nous les moyens (ce qui n’est pas le cas). Cessons de vouloir à tout bout de champ donner des leçons aux autres, hier avec le vote "non", aujourd’hui en nous mobilisant pour l’Europe. En revanche, si d’autres Européens sont disposés à s’associer à notre initiative, à traduire le texte de notre appel, à se regrouper comme nous le faisons, nous ne pourrons que nous en réjouir et tisser avec eux des liens d’amitié.

Un mouvement d’action

En revanche, nous ne pouvons pas nous contenter de n’être qu’une vigie d’alerte : il nous faut aussi être un mouvement d’action. A cette fin, nous devons nous doter d’un certain nombre d’outils, de moyens et d’objectifs. Dans les mois qui viennent, cela veut dire une structure, un rendez-vous et une grande campagne fédératrice.

La structure

Une structure : nous ne sommes pas un parti politique, et nous n’avons pas besoin d’une structure aussi contraignante que les leurs. Mais il y aura des décisions à prendre, éventuellement des positions à trancher, des apparitions publiques à coordonner, des moyens à rechercher. Le colloque de Rennes a pris appui sur une association Sauvons l’Europe  qui nous permet d’ores et déjà d’agir collectivement. Mais notre mouvement se compose aussi de divers collectifs (clubs, associations, syndicats) qui ayant fait une démarche d’adhésion collective, ont vocation à déterminer ensemble nos priorités, ainsi qu’avec les collectifs locaux qui commencent à se mettre en place. Ceux-ci sont à leur tour de nature diverse : certains regroupent les adhérents locaux des associations parties prenantes, d’autres fédèrent aussi des volontés individuelles, d’autres encore sont des collectifs préexistants, souvent montés à l’occasion de la campagne référendaire, qui souhaitent prolonger leur action à travers "sauvons l’Europe". Cette diversité est précieuse, et nous devons la préserver, c’est-à-dire respecter les rythmes et l’autonomie de chacun.

Elle se manifestera aussi dans la diversité des actions entreprises, les uns davantage mobilisés par une campagne militante, d’autres plus soucieux de faire avancer la réflexion collective, ou encore de bâtir de véritables universités populaires thématiques, engagées dans un tâche de formation civique sur la construction européenne.

Parallèlement à ces réseaux locaux, il nous faut mettre en place des groupes de travail transversaux. Il me semble, sans vouloir en faire une liste exhaustive, que nos débats permettent de dégager au moins les contours de quatre d’entre eux :

  • Un premier, sur la question de la constitution et sur les enjeux institutionnels de l’Europe politique.
  • Le second, sur la dynamique d’intégration économique, sur les politiques européennes de croissance et de développement, et sur les solidarités entre les territoires européens.
  • Un troisième, sur la place de l’Europe dans le monde, sur sa capacité de parler et d’agir d’une seule voix sur la scène internationale.
  • Un quatrième enfin, dont l’actualité nous démontre hélas la triste nécessité, sur les moyens de penser une politique d’immigration à l’échelle européenne pour ne pas concevoir l’Europe comme une forteresse ; espace de nantis soucieux avant tout de se protéger des intrusions extérieures.

D’ici à la fin de l’année 2005, nous réunirons un collectif d’animation, qui jouera le rôle de directoire politique de notre mouvement, et qui rassemblera des représentants des organisations et collectifs membres, des représentants des groupes locaux, et toutes les bonnes volontés disponibles, pour adopter une charte qui précisera les modalités de notre fonctionnement et pour faire des propositions d’organisations plus précises.

Le rendez-vous

Un grand rendez-vous : après le succès de nos journées, il nous faut sans faute prendre date pour un nouveau rendez-vous, ni trop rapproché pour que nous ayons de temps de l’organiser, ni trop éloigné pour que la mobilisation ne se dilue pas. Le printemps prochain, en mars ou en avril 2006, serait sans doute une bonne date. Pour cette rencontre, je suggère que nous repartions de la question qui a souvent été posée lors de ces journées du sens de la construction européenne, notamment à travers l’évocation par Gaby Bonnand de la nécessité de "faire mémoire des événements fondateurs de l’Europe". Revenir sur l’idée qui a animé la fondation de l’Europe comme espace de paix et de liberté après la victoire contre le nazisme, qui l’a relancée et conduit à sa réunification après la chute du communisme, qui a animé les énergies de ceux qui ont combattu le retour de la barbarie et du nettoyage ethnique durant le guerre en ex-Yougoslavie, cette idée qui anime aujourd’hui ceux qui ne se résignent pas à l’idée d’un affrontement entre les civilisations et qui défendent pour cette raison le refus de faire de l’Europe un club chrétien et la nécessité d’un élargissement à la Turquie. Nous pourrons ainsi tenter de donner un visage plus concret et plus précis à l’idée d’une ouverture privilégiée de l’Europe sur la Méditerranée et au-delà sur l’Afrique, envers laquelle les nations européennes ont une responsabilité particulière découlant de l’histoire coloniale, et devant déboucher sur une "Eurafrique" encore à inventer, selon le vœu formulé ici par Elisabeth Guigou.

La campagne

Une campagne enfin. La constitution européenne prévoyait la possibilité de saisir les instances politiques européennes à partir d’une pétition d’initiative populaire. Rien ne nous empêche de nous engager dans cette voie, de proposer à tous les Européens une vaste campagne de pétition, pour peser sur le débat européen. Divers sujets ont été évoqués, certains penchant pour une proposition portant sur le renforcement du budget européen et sur une affection claire dans l’impôt versé par les habitants de l’Europe, d’autres souhaitant davantage une campagne qui s’oriente vers la nécessité d’une politique européenne de formation. Le collectif de "sauvons l’Europe" devra trancher cette question et proposer une texte clair comme support de cette campagne. Celle-ci devrait à son tour permettre à des collectifs de voir le jour.

Vous le voyez, un programme très chargé nous attend : le succès de nos rencontres, l’ampleur des attentes vis-à-vis d’un mouvement clairement engagé pour l’Europe nous confèrent de nouvelles obligations : nous allons nous y employer dans les semaines qui viennent. Mais une chose est sûre : nous n’y parviendrons pas sans vous. Je vous invite donc à rester mobilisés et à poursuivre et étendre notre mouvement, pour que, ensemble, nous affirmions : sauvons l’Europe !

Par J Roman (Esprit) - Publié dans : Point de vue
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Samedi 27 août 2005 6 27 /08 /Août /2005 00:00

Après le non français, puis néerlandais, suivis de l’ajournement britannique, après l’échec du sommet européen, le traité constitutionnel est moribond. Chaque jour, l’Europe se défait un peu plus, à une vitesse stupéfiante : les opinions publiques des divers Etats manifestent scepticisme ou angoisse. Les outils forgés hier pour construire l’Europe d’aujourd’hui sont aussi touchés : l’absence d’accord sur le budget de l’Union fait peser un sérieux risque sur les politiques communes. Les dirigeants européens n’offrent ni alternative, ni dynamique nouvelle. Jusqu’à l’Euro même qui voit sa légitimité et son utilité contestée : déjà des ministres en exercice de plusieurs pays importants l’ont publiquement mis en cause. De telles manifestations sont encore minoritaires, mais on sait qu’une monnaie, et l’Euro plus qu’une autre, ne tient guère que sur la confiance collective. Il est clair aujourd’hui que le fameux plan B n’existait pas, et était soit un mensonge, soit un leurre. Il n’y a aujourd’hui aucune alternative crédible au projet de Traité constitutionnel.

L’exigence d’un toit politique

Poursuivre le processus de ratification du traité relève de la décision des Etats membres : deux ou trois Etats, fussent-ils fondateurs, n’ont pas à décider pour tous les autres. Chaque peuple, chaque élu, chaque citoyen européen conserve le droit de dire ce qu’il en pense. Mais le blocage induit par le non de deux pays fondateurs peut laisser la crise enfler pendant de longs mois. Il nous faut prendre acte des votes de défiance, en analyser les raisons multiples. Il en émerge à la fois des aspirations souverainistes et protectionnistes, la peur de l’avenir mêlée à une aspiration à davantage d’Europe, notamment sociale. Cependant, quel que soit son avenir, l’esprit de ce traité demeure comme l’exigence d’un toit politique de l’Europe, préalable à tout approfondissement social.

Penser un nouveau projet

L’Europe traverse une crise majeure, la plus grave depuis le début de la construction européenne. Son affaiblissement signifie un désordre accru de la mondialisation, avec toutes ses conséquences pour les pays les plus pauvres, les équilibres humains et écologiques de la planète. Il nous faut d’urgence inventer un nouveau projet européen pour éviter que l’Union ne se dissolve dans une grande zone de libre échange. L’Europe est plus que jamais nécessaire pour défendre nos valeurs et offrir au monde un modèle international de développement dans un monde instable et dangereux.. Nous voulons que l’Europe politique devienne réalité et s’ouvre aux peuples d'Europe qui aspirent à nous rejoindre.

Construire une société civile européenne

Nous appelons à des mobilisations nationales, démocratiques et européennes fortes, rassemblant tous ceux qui souhaitent sincèrement sauver l’Europe, ceux qui étaient partisans du traité, comme ceux qui en étaient adversaires, et prennent acte aujourd’hui des effets négatifs du refus français. Nous appelons les parlements, européens et nationaux, les diverses forces politiques et les principales forces de la société civile, en premier lieu les partenaires sociaux, à proposer des formes d’intégration politique, bien sûr, économique et sociale, et des orientations politiques structurelles communes (aménagements du territoire, solidarité, recherche) qui devraient être ensuite validées aux deux échelles, européenne et nationale. Le Parlement européen a appelé à la tenue de « forums citoyens ». Pour qu’ils réussissent, nous appelons à constituer, pour la première fois, à l’échelle de la France d’abord, et bien sûr de l’Europe, des comités Sauvons l’Europe. D’ores et déjà nous réunirons fin septembre lors d’une université d’été ouverte à toutes celles et ceux qui partagent cette perspective.

La diversité de nos engagements, de nos convictions, de nos appartenances nous rassemble dans le sentiment d’une même urgence, du même espoir de paix, de démocratie et de prospérité partagées qui a animé les fondateurs de l’Europe moderne : il faut sauver l’Europe.

Signer l'appel.

Premiers signataires

Marie Hélène Aubert (députée européenne Vert), Denis Baupin (adjoint au maire de paris, membre du conseil national des verts), Jean-Marie Bockel (maire de Mulhouse, Ps), Frédéric Brun (revue Ecologie et politique), Henry Colombani (militant associatif), Hélène Correy (Freie Universität Berlin), Daniel Cohn-Bendit (député européen Vert) Harlem Désir (député européen, Ps) Gérard Doublet (sociologue, militant Vert), Anne Dux (Président de Convictions) Olivier Duhamel (professeur à l’IEP), François Fëjto (historien), Bronislaw Geremek (historien), Aurélie Filipetti (écrivain et élue Vert) Jean-Baptiste de Foucauld (ancien commissaire au Plan), Patrice Gohier ( maire adjoint Paris XIIIe) Serge Guérin (professeur associé Université Lyon 2), Elisabeth Guigou (député Ps, ancienne ministre), Pierre Hassner (CERI), Marc d’Héré (président de Générations Europe), Philippe Herzog, (Président de Confrontations –Europe) Bernard Kouchner (ancien ministre, président de Réunir), Jean-Noël Jeanneney (ancien ministre, Président d’Europartenaires), Jacques Lebas (ancien Président de médecins du Monde), Jean Lecuir (syndicaliste), Marie-France Lecuir (ancienne député), Jean Yves Le Drian, (député Ps, président du Conseil régional de Bretagne) Jean-Pierre Mignard (avocat, Président de Témoin), Yann Moulier-Boutang (directeur de la revue Multitudes), Marc-Olivier Padis (rédacteur en chef d’Esprit), Bernard Poignant (député européen, Ps), Joël Roman (éditeur), Gérard Sanvicens (militant associatif), Isabelle Seguin (éditrice), Jorge Semprun (écrivain), Nicolas Tenzer (président du Centre d'étude et de réflexion pour l'action politique (CERAP), directeur de la revue Le Banquet) ; Zaki Laidi ( professeur de sciences politiques). Voir tous les signataires, signer l'appel.

Et les associations, clubs, fondations et collectifs suivants :

Convictions, Confrontations-Europe, Europartenaires, Fidélio (collectifs de diplomates de gauche) Gauche moderne, Générations Europe, Réunir, Rêve, Témoin.

Répondre à : contact@sauvonsleurope.org

Par Le Flohic - Publié dans : Point de vue
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Vendredi 27 mai 2005 5 27 /05 /Mai /2005 00:00

 Penser plus loin que nos propres frontières, par Patrice Chéreau


Je me sens profondément européen. Je suis européen. Peut-être ai-je même parfois touché du doigt un petit morceau de cette Europe ; je l'ai vue en y jouant des spectacles, d'Edimbourg à Belgrade ou Copenhague, en y distribuant mes films ou en les tournant, en Angleterre ou au Portugal.

Et j'ai vu, l'an dernier en avril à Varsovie, l'immense joie des Polonais à l'idée de réintégrer enfin la Communauté européenne, une Europe qui n'était plus divisée ­ c'était bien une communauté culturelle qu'ils avaient le sentiment d'intégrer, ce jour-là. En rentrant à Paris, j'ai vu qu'il n'y avait aucune fête, chez nous, pour célébrer cet élargissement ni le retour au sein de l'Europe de ceux qui sortaient de cinquante ans de dictature. Ce jour-là, je me suis dit ­ comme aujourd'hui, en découvrant que la Grèce a ratifié le traité il y a trois semaines et que personne n'en parle ­ que nous étions peut-être, en France, des enfants gâtés.

Que nous ne voyions plus ce que nous avons dans les mains et que nous sommes pourtant en train de construire ; que nous pensions bien peu aux autres peuples d'Europe, pour qui il est si important de fabriquer cet ensemble inédit de pays qui se sont associés librement, qui veulent aller plus loin et faire mieux fonctionner cette construction européenne en lui donnant des règles et un sens.

Bien sûr, je comprends l'impression douloureuse, irréelle, que peut donner le fait de défendre un traité, à terme une Constitution, qui ne peut calmer aucun désespoir dans l'immédiat, mais qui sera un jour une règle commune qui bouleversera la donne pour les vingt, trente années à venir ­ jusqu'à la prochaine révision, c'est, déjà, la cinquième réécriture du traité de Rome ­, pour un meilleur fonctionnement et beaucoup plus de démocratie.

Une règle que les autres pays, d'autres continents, attendent de nous pour qu'en fonctionnant mieux nous les aidions à notre tour.

Ce traité ne peut pas être une réponse immédiate au chômage, à la douleur. Mais n'y a-t-il pas de la démagogie à s'appuyer sur le désespoir de ceux qui veulent des réponses immédiates ? Pourquoi demander à cette Constitution ce qu'on ne demande pas à la Constitution française ?

Démagogie de promettre que les solutions viendraient avec la victoire du non. Démagogie de laisser croire qu'une Constitution pourrait régler des problèmes particuliers quand la vocation de toute Constitution est de déterminer une forme de gouvernement et non son orientation politique. Démagogie de dire que le texte est dur à lire, ou trop compliqué : bien sûr qu'il est compliqué, on n'est pas en train de réécrire la Constitution américaine, on tente de mettre d'accord 25 Constitutions, 25 cultures, et autant de démocraties !

Nous ne construisons pas l'Europe pour défendre telle ou telle majorité politique dans notre pays, nous la voulons pour les majorités à venir, celles qui vont changer, par le biais de l'alternance dans chaque pays. Les règles que nous allons instituer avec ce traité ne peuvent être ni de droite ni de gauche : elles nous obligent à penser un peu plus loin que nos calculs politiques français, à regarder un peu plus loin que nos propres frontières. Un peu plus loin que le temps qu'il faut à un homme pour vivre. Est-ce qu'on pense que des guerres n'auront plus jamais lieu en Europe ?

A-t-on oublié qu'il y a soixante ans nous étions encore en guerre avec nos voisins ? Pense-t-on que cette paix que nous vivons est un acquis définitif, intangible ? N'a-t-on pas vu, en regardant l'ex-Yougoslavie, que tout pouvait recommencer ? Se souvient-on encore qu'avant 1945 l'Europe n'était qu'ambitions territoriales, déchirements et boucheries ?

Est-ce qu'on croit encore que la France est suffisamment forte, ou qu'elle rayonne assez, pour se débrouiller seule ? Pense-t-on que la diversité culturelle, pour ne prendre qu'un exemple, est mieux protégée si elle ne s'exerce que dans un seul pays, le nôtre, pour la simple raison qu'il serait le meilleur ? Est-on si heureux du traité de Nice qu'on ne veuille surtout pas le changer ? Croit-on que les 24 pays qui sont avec nous dans cette aventure n'attendent qu'un geste de notre part pour oser enfin réclamer la Constitution vraiment socialiste dont ils rêvent tous ? Exige-t-on de la Constitution française qu'elle nous garantisse éternellement une majorité de gauche ?

Dire oui, c'est donner à une utopie les moyens de devenir concrète, à un projet commun d'incarner l'avenir. C'est dire oui à ce qui est défini pour la première fois dans ce texte : la dignité humaine, la démocratie, l'égalité, le respect des droits de l'homme et des minorités, la tolérance, l'égalité entre les hommes et les femmes, l'égalité de salaire, entre autres, la justice, la solidarité. Et le refus des discriminations pour des raisons de race, d'origine, de religion ou d'orientation sexuelle, le droit à une protection contre le licenciement abusif, le droit de grève, le droit d'accès à une sécurité sociale, le droit à l'éducation gratuite, la reconnaissance et l'affirmation du rôle des services publics. Est-ce "rien" que tout cela ?

Va-t-on enfin arriver à faire confiance à l'avenir, aux êtres qui vivent et travaillent en Europe, comprendre que notre Vieux Continent est lancé dans une aventure toute neuve ­ cinquante ans, ce n'est rien ­, une invention politique, un espoir : 25 pays engagent l'avenir librement, consentant librement à des abandons de souveraineté. Peut-être est-ce ça, justement, qui dérange encore ?

N'y a-t-il pas, au fond, une profonde difficulté ­ difficulté très française, quand même ­ à se projeter dans l'avenir ? A se penser aujourd'hui comme partie d'un tout plus grand que nous, d'un projet qui va au-delà de nos frontières, au-delà de notre nostalgie nationale ? N'y a-t-il pas, dans tout cela, des relents de souverainisme ? Ce"non de gauche" ne vient-il pas aussi du fait qu'on croit toujours à la supériorité de la France, à notre capacité innée à gagner les autres pays à nos splendides idées de gauche sans même avoir besoin de convaincre, et qu'il nous suffirait de les énoncer pour que les peuples du monde les adoptent et s'avouent vaincus ?

"Contestataire" ou non, une fois dans l'urne, chaque voix comptera. Souvenons-nous du 21 avril 2002. Alors parlons crûment : le 29 mai, au nom du souverainisme, veut-on tuer ce rêve européen et voir à nouveau triompher Le Pen ?


Patrice Chéreau est metteur en scène.

par Patrice Chéreau
Par Le Flohic - Publié dans : Point de vue
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Jeudi 26 mai 2005 4 26 /05 /Mai /2005 00:00
Emmanuel Todd, démographe, opposant à Maastricht en 1992, votera oui dimanche :« Le non de gauche, une danse de la pluie »

 
Emmanuel Todd est démographe à l’Institut national des études démographiques. En 1995, ses analyses sur la fracture sociale avaient nourri le programme du candidat Jacques Chirac.

Vous aviez voté non à Maastricht. Pourquoi votez-vous oui aujourd’hui ?

En 1998, dans l’Illusion économique (Le Seuil, ndlr), je disais déjà que, face à la montée des inégalités, la seule solution est le retour à ce qu’était l’Europe à ses débuts : une union douanière, avec des droits de douane au cas par cas contre les importations provenant des pays tiers. La montée en puissance de la Chine rend cette évolution inéluctable et je vais voter oui parce que, par définition, la « préférence communautaire » n’est possible que s’il existe une communauté européenne. Certes, le projet de Constitution est rempli de jargon libre-échangiste, mais les notions de commerce international harmonieux, de concurrence non faussée et, surtout, la distinction qui y est faite entre le marché intérieur et le marché extérieur ­ distinction déjà au coeur du traité de Rome ­ offrent les outils adéquats d’un protectionniste raisonnable. Le non de gauche dénonce aussi le libre-échangisme...

Oui et, au début, j’ai trouvé très positif qu’Attac découvre que le problème n’est pas simplement la circulation du capital, mais aussi celle des marchandises. Et puis, j’ai commencé à entendre des bruits bizarres sur les pays de l’Est et j’ai entrepris de regarder les 21 propositions d’Attac. J’ai trouvé des choses soit contradictoires, soit dénuées de sens : prôner la solidarité, c’est gentil, mais ce n’est pas un concept d’analyse économique. Exiger que l’on remplace la notion de « concurrence » par la « coopération », c’est en gros revenir à la Constitution yougoslave, avec un système de coopératives. Plus grave, Attac ne semble pas voir la différence entre marché intérieur et marché extérieur de l’Union, qui est pourtant le concept fondamental pour réorganiser le commerce international.

N’est-ce pas l’économie de marché qui est contestée à la question de la concurrence ?

L’expérience du socialisme au XXe siècle nous a appris que l’économie de marché et la concurrence sont des mécanismes nécessaires, qui ne deviennent invivables que lorsqu’on se prive des instruments étatiques de régulation. J’ai été l’un des premiers à faire la critique du néolibéralisme et à mettre en évidence la souffrance des milieux populaires. Mais je n’ai jamais dénoncé l’économie de marché. Tout se passe comme si le néolibéralisme avait engendré une sorte de néo-étatisme absurde, dont l’aboutissement est la fixation actuelle sur les services publics. C’est une régression intellectuelle : car les services publics sont financés par l’impôt et pour qu’il y ait un impôt efficace et qui rapporte, il faut un secteur privé prospère.

Laurent Fabius apparaît plus mesuré dans ses attaques contre la Constitution.

L’interview de Fabius dans l’Humanité procure l’étrange sensation d’avoir en face de soi un être hybride, mi-Jean-Claude Trichet, mi-Robert Hue. N’oublions pas que Fabius est un maastrichien et qu’il a assuré la mise en place de l’euro. Cela dit, à la différence d’Attac, il a le mérite... de ne rien proposer : à part une modification des coopérations renforcées, il suggère de garder le traité en excluant la partie III, qui, on le sait, continuera à s’appliquer de toute façon.

Son inquiétude sur les délocalisations vers les pays de l’Est ne rejoint-elle votre analyse sur le libre-échange ?

Non, bien au contraire. En stigmatisant l’ex-bloc soviétique, Fabius et Attac commettent une faute morale : le problème de ces pays est précisément d’avoir été privés d’une économie de marché pendant cinquante ans. Surtout, ils font une erreur stratégique, car aujourd’hui, l’enjeu du libre-échange, ce n’est pas le plombier polonais, c’est l’émergence de la Chine et de l’Inde. Fabius n’a pas de chance : au moment où il s’en prend à l’Europe de l’Est, éclate l’affaire des importations textiles, qui illustre la force de l’industrie chinoise. Dans ce dossier, les pays de l’Est sont les premiers menacés et ils sont donc les meilleurs alliés de la France. On peut même espérer dégager une majorité « protectionniste » au sein de l’Europe si l’on parvient à rallier l’Allemagne. Mais celle-ci, compte tenu de sa puissance exportatrice, n’acceptera de renoncer à son libre-échangisme traditionnel que si le marché européen s’élargit aux pays de l’Est. Se focaliser sur la concurrence polonaise est contre-productif et la chimère chevènementiste du retour au bon vieux couple franco-allemand est un non-sens économique.

La montée du non traduit-il la persistance de cette fracture sociale que vous dénonciez il y a dix ans ?

L’ultralibéralisme nourrit une anxiété sociale profonde, qui, aux Etats-Unis, s’est traduite par l’avènement du bushisme. En France, cette anxiété est encore capable de produire une véritable contestation politique. La force du non signifie que les ouvriers et les employés français ne veulent pas mourir en disant merci. C’est un signe de vitalité. Mais le peuple en révolte mérite mieux. Après avoir dénoncé les élites maastrichiennes, je vois apparaître avec effarement une élite du non dont le programme ne mène pas plus loin. Avoir un programme politique, ce n’est pas rester dans le bla-bla national-républicain : c’est s’inscrire dans l’univers réel des nations européennes, mesurer les intérêts communs ou divergents et proposer des solutions. Au lieu de quoi, le non de gauche prône un non thérapeutique, presque magique, comme une danse de la pluie. Et n’a accouché que d’une chose nouvelle : les Polonais comme boucs émissaires.

Si l’Europe est la solution, pourquoi aviez-vous voté non à Maastricht ?

A l’époque, à côté de la monnaie unique, il y avait la politique du franc fort et les taux d’intérêt à 10 %, qui mettaient le monde ouvrier en souffrance. Une victoire du non à Maastricht aurait eu un impact immédiat : le décrochage du franc et la fin de cette politique. Le non était donc en soi un programme politique. Aujourd’hui, un non au traité constitutionnel, celui-ci n’étant au fond qu’un toilettage de l’organisation politique de l’Europe, n’aurait aucun effet concret pour les classes populaires. Si ce n’est qu’entretemps, les discours d’Attac et Fabius auront contribué à désorganiser la lutte contre le libre-échange.

Par Eric AESCHIMANN et Renaud DELY

Par Le Flohic - Publié dans : Point de vue
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Jeudi 26 mai 2005 4 26 /05 /Mai /2005 00:00
Le Oui subversif d’Emmaüs et de l’abbé Pierre : après de multiples débats, les compagnons parient sur une Europe plus tolérante.
Par Pierre Fernagu, Martin Hirsch, Fabien Tuleu et Julie Vallat du mouvement Emmaüs.

 

quand on demande à une personne accueillie par Emmaüs ce qu’elle souhaite qu’on dise d’elle, souvent jaillit spontanément la même phrase : « Qu’on cesse de me désigner comme un exclu, qu’on me considère comme un citoyen, comme un acteur de la société à part entière. » Quand on nous interroge sur l’action du mouvement Emmaüs, nous avons l’habitude de dire que nous nous battons pour la reconquête de la dignité.

Et cela passe par la participation à la vie de la cité. C’est dans cet esprit que nous avons souhaité organiser des débats sur la Constitution européenne dans les communautés et les centres Emmaüs, et interroger les personnes accueillies sur l’Europe et la politique.

Alors qu’aucun institut de sondage ne vient jamais les interroger sur autre chose que « Comment en êtes-vous arrivé là ? », alors que les hommes politiques viennent rarement débattre avec eux, les considérant comme quantité négligeable lors des joutes électorales, on a assisté depuis plusieurs semaines à un formidable débat d’idées dans les communautés et les centres d’accueil. Un débat ouvert, non « prescripteur », qui prenait en compte les intérêts des personnes et leurs propres jugements. Nous n’avons pas dit aux compagnons et aux personnes vivant dans la rue ce qu’il fallait penser, quel était le bon choix et encore moins, pour ceux qui avaient la possibilité de voter, quel bulletin il fallait mettre dans l’urne. La preuve, quand on a évoqué le traité avec les administrateurs d’Emmaüs-France, c’est plutôt le non qui tenait la tête. Et l’abbé Pierre, qui a fondé le mouvement Emmaüs, n’a fait connaître publiquement son penchant pour le oui qu’une fois notre sondage réalisé. Nous avons seulement été là comme des « passeurs » entre le traité et les citoyens pour permettre à chacun de s’exprimer.

Notre démarche a été riche d’enseignements et de surprises, à l’intérieur comme à l’extérieur du mouvement Emmaüs. Les stéréotypes véhiculés sur les « exclus » ou sur les pauvres sont si forts, que l’idée même que des personnes ayant connu la précarité sociale et l’insécurité puissent avoir une opinion et avoir envie de l’exprimer, pourrait paraître incongrue. C’est pourtant ce qu’on a constaté lors de ces débats sur l’Europe. Les compagnons ont fait preuve d’une appétence particulière pour le débat démocratique. Non seulement beaucoup se sont montrés passionnés ­ le fait politique les intéresse ! ­ mais ils ont aussi exprimé quelque chose d’inattendu : un message contre la peur, un message tourné vers l’avenir. Ils ont parlé d’une Europe terre d’accueil, d’une Europe solidaire, prête à partager et à échanger ses richesses.

Les compagnons et les personnes à la rue ne se sont pas contentés de lire le texte du traité. Ils ont aussi cherché à le décrypter, à l’analyser, et même à faire des propositions pour l’améliorer. De la discussion a émergé une multitude de questions souvent absentes du « vrai débat » officiel. Par exemple, la question des liens entre l’Europe et les pays du Sud, la question du développement, le rôle de l’Europe au procès de Nuremberg, à la sortie de la guerre, ou encore celle des politiques migratoires, etc. Tous ces sujets ont été abordés avec des éclats de voix, des échanges contradictoires certes, mais toujours respectueux.

Le sondage réalisé auprès des compagnons (voir les résultats complets du sondage Sofres-Nouvel Observateur-Emmaüs sur www.emmaus-france.org) montre que, parmi les priorités exprimées, les questions de logement et d’emploi viennent juste après l’aide aux pays pauvres et la lutte contre le racisme. Les compagnons d’Emmaüs classent largement en tête la protection de l’environnement, la coopération scientifique, l’éducation... bien avant d’autres chantiers plus matériels. Et c’est très loin derrière qu’arrivent les préoccupations de pouvoir d’achat ou de lutte contre la délinquance. Ils ont aussi cherché à comprendre le point de vue des compagnons originaires des autres pays européens. Il y avait de nombreux compagnons des pays de l’Est pour insister là-dessus. On a compris que si l’on parlait de construction européenne, il fallait écouter nos « colocataires ». Le sondage exprime une approche positive de l’élargissement de l’Europe, passé ou à venir.

Tout cela se traduit par un oui plus présent que le non. Si 39 % des personnes sondées se sont abstenues sur la question du traité, ceux qui s’expriment sont 55,7 % à dire oui, et 44,3 % à dire non.

Pourtant, on peut vous le garantir, le libéralisme n’a pas le vent en poupe dans les communautés Emmaüs. On a beau y faire des affaires avec les objets récupérés, la marchandisation du monde, ce n’est pas notre tasse de thé ! On peut également vous l’affirmer, les compagnons d’Emmaüs ne sont pas des nantis. On aurait donc pu attendre un vote négatif, un « non social », de la part de gens qui ont connu des trajectoires de vie souvent difficiles. Or, on reçoit un « oui, si ». Quand on entend qu’au-dessous de 1 200 euros de revenus mensuels, les gens votent forcément contre le traité, on généralise abusivement ou... on dit ce qu’on aurait envie d’entendre.

Finalement, entre les débats et le sondage, on voit se dessiner une Europe plus tolérante, une Europe du partage et du dialogue, une Europe de l’avenir. Le oui des compagnons d’Emmaüs est tolérant et subversif. Ils nous disent qu’ils croient au militantisme, à l’engagement et à la politique. Ils disent oui à l’Europe mais souhaiteraient une autre construction européenne.

Et si l’on pouvait en tirer quelques enseignements ? Quelquefois des responsables politiques nous demandent à nous responsables associatifs : « Vous n’avez pas envie de faire de la politique ? » Nous avons tendance à répondre : « Mais si, et nous en faisons. Et vous, dont c’est le métier, cela ne vous tente pas de faire de la politique ? »

Voilà la subversion de la démarche des compagnons d’Emmaüs sur l’Europe. Et le sens de leur engagement. Vigilant et tolérant. Pour que l’Europe de demain soit plus tolérante pour les « exclus » et plus exigeante pour les « puissants ». Comme le dit René, un compagnon de Pau : « Les peuples espagnol, italien, allemand, anglais, ... partagent les mêmes craintes et les mêmes espoirs. Voilà le combat qui nous attend, sitôt le oui voté, un combat difficile, certes, mais le seul qui vaille la peine : celui de la démocratie. »

http://www.le-meilleur-du-oui.net/article.php3?id_article=76

Par Le Flohic - Publié dans : Point de vue
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