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Pour l'Europe
(à partir de l'excellent blog de Daniel Riot : voir à droite)
Jacques Delors n'est pas un euro-béat. D'ailleurs les euro-béats n'existent pas: c'est bien ce qui fait la faiblesse du OUI face aux certitudes affichées par les tenants du Non...Il sit que la construction européenne est un combat. il sait qu'en tout il s'agit de concilier des ambitions, des intérêts, des idées contradictoires. il sait aussi le prix de chaque pas en avant et le cout de toutpas en arrière...Sondiscuors devant le mouvement européen est l'un des mieux structurés et des moins incontestables dans la forme et sur le fond. Encore faut-il bien sûr que ceux qui veulent se faire une opinion sans se laisser porter par les vagues de la peur, du pessimisme, du dogmatisme et du mélange des genres prenent le temps de le lire. Delors ne fait pas de la "com" ou du spectacle, mais de l'information et de l'explication. De la mise en perspective.
Quelques extraits:
*Les élargissements : des réponses aux défis de l’Histoire
Concernant les élargissements, je souhaiterais revenir rapidement sur certains d’entre eux : la Grande Bretagne au début des années 1970, l’Espagne, le Portugal et la Grèce dans les années 1980, et aujourd’hui les pays d’Europe centrale et orientale. A chaque fois, on nous a dit que cela nuirait aux intérêts français. Quand j’ai commencé à militer dans les années 1950, j’avais mon modèle européen en tête, ce n’est pas celui-ci exactement qui s’est réalisé. Dois-je pour autant parcourir les provinces françaises pour me plaindre de cette Europe ? L’Europe s’est adaptée. L’entrée de la Grande Bretagne, après vingt ans de lutte et deux oppositions du Général de Gaulle, est intervenue sur la décision du Président Pompidou. C’était un défi historique que de coopérer et de progresser avec une grande nation vivant au coeur d’un triangle composé des Etats-Unis, du Commonwealth et de l’Europe continentale. Le consensus n’étant pas toujours possible, nous avons inventé la « différenciation » ou la possibilité d’avancer à un nombre réduit de pays sans que les autres ne quittent la grande famille. Cette différenciation pourra se faire, grâce à la Constitution, par la mise en oeuvre de « coopérations renforcées » entre certains membres de l’Union.
Le schisme redouté entre l’Europe du Nord et l’Europe continentale n’a donc pas eu lieu. Ce qui a permis plus tard l’adhésion de la Suède, de la Finlande et de l’Autriche. Puis vient l’adhésion des trois jeunes démocraties. Lorsque la question s’est posée, nous étions minoritaires en France pour accepter l’entrée de l’Espagne et du Portugal, après la Grèce. Les craintes étaient liées aux menaces sur le développement des régions du sud de la
France, de la perte des débouchés agricoles… Or les résultats ont été positifs pour nous : nous avons augmenté nos investissements dans ces pays et nous leur exportons plus que nous ne leur importons. Ces pays ayant augmenté leur niveau de vie, nous avons désormais des affinités croissantes avec eux, sur différents aspects qui nous tiennent à coeur, sur la dimension sociale de l’Europe.
Dès 1985, les Conseils européens se sont déroulés comme s’ils avaient toujours été là. Qui
sait aujourd’hui l’énorme travail réalisé notamment par Felipe Gonzales. Quand il rentrait en
Espagne, il disait toujours « ne regardez pas avant les intérêts espagnols mais les intérêts
européens ». Et l’Espagne y a considérablement gagné. Car c’est un jeu « gagnant-gagnant ».
Et maintenant, les pays d’Europe centrale et orientale nous ont rejoints, grâce à ce
merveilleux soulèvement de 1989. Nos dirigeants, n’ont pas assez dit aux français que c’est
un grand bonheur politique que de voir la démocratie gagner contre la dictature !
Comment pourrions-nous faire la fine bouche ? Qui craint quoi ? Il est vrai que ces pays ont un niveau vie autour de 30% de la moyenne européenne, mais l’histoire nous lançait un défi. J’aurais souhaité qu’on approfondisse un peu plus avant d’élargir. Mais qui peut au nom de cet argument, préconiser un retour en arrière et se priver d’une meilleure organisation des pouvoirs qui est offerte par le Traité constitutionnel ? Il me semble que les réticences furent surtout françaises, mais a-t-on assez expliqué, écouté, mobilisé ?
Rien n’a été célébré comme un triomphe de la liberté ! Et comme une chance pour une Europe plus influente dans le monde. Hélas, nous n’avons plus de mémoire, condition pour une vision et une intelligence de l’avenir. Regardons ce qu’étaient ces pays avant 1989 et ce qu’ils sont devenus, même s’ils ne partagent pas toutes nos orientations, ou même si certains ont été séduits par le modèle anglosaxon ou par, non pas l’économie de marché que tout le monde accepte, mais par la société de marché dont nous ne voulons pas. C’était notre honneur de les recevoir et de prolonger nos idéaux fondamentaux, ceux qui ont permis la fondation de l’Europe : la paix, la liberté, la prospérité et la diversité respectée.
Une période d’adaptation sera nécessaire mais l’enseignement que nous pouvons en tirer est simple : l’Europe a pu dans ces quarante ans éviter un schisme permanent avec l’Europe du Nord, conforter le retour à la démocratie de l’Europe du Sud, accueillir dans la famille les pays de l’Europe centrale et orientale, c’est à dire réunifier l’Europe. Je suis fier de cette Europe qui a su répondre aux défis de l’histoire. C’est comme cela qu’elle sera jugée par les historiens et par les générations qui nous succèderont. Ils pourront, dans et par cette « Grande
Europe », vivre mieux une communauté de droits respectés et de solidarités effectives.
*Le Traité constitutionnel
Le traité constitutionnel est un très grand pas en avant. Je ne vous cacherai pas mes deux
regrets, puis vous présenterai une vue franche et honnête de la question sociale ; avant d’en
venir aux aspects largement positifs de ce traité. Ce qui ne me plait pas, c’est que l’équilibre n’est pas assuré entre le monétaire et l’économique. La Convention aurait dû le faire.Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait ? Parce que les Conventionnels n’étaient pas d’accord entre eux sur les moyens d’améliorer le fonctionnement de l’UEM. Autrement dit, l’Euro nous sécurise mais ne nous dynamise pas.
J’aurais préféré que l’on donne à la Commission européenne et au Conseil des Ministres le pouvoir de stimuler une coopération entre les politiques économiques. Mais l’espoir est revenu grâce aux seules initiatives et aux actions de Jean-Claude Juncker, le Président de l’Eurogroupe (les douze qui composent l’UEM).
Les politiques de l’Union en partie III : j’aurais jugé préférable que cette partie III ne soit pas dans le traité, ou bien que l’on donne la possibilité de la modifier à une majorité « surqualifiée » et non à l’unanimité. Mais ces textes ne sont, en réalité, qu’un règlement de
copropriété qui n’est pas plus libéral que socialiste. Chaque majorité lui donne un contenu.
C’est la loi de la démocratie. Nous continuerons le combat, pour que soient adoptées des
perspectives financières qui soutiennent la coopération entre pays européens (Macroéconomie, Recherche, Infrastructures…) et renforcent la solidarité (les politiques agricoles et sociales). Le traité nous en donne les moyens.
*Quant à la dimension sociale, posez-vous la question « qui fait quoi ? », « que disent les anciens et le nouveau traités ? » et rappelez-vous le principe de subsidiarité : chaque fois que l’on peut résoudre un problème près des gens ou que les gens eux-mêmes peuvent le faire, pourquoi monter plus haut, du niveau national au niveau européen ? Et d’ailleurs qui empêche aujourd’hui un gouvernement de mener sa politique sociale selon ses orientations. Je rappelle que, sont en premier lieu de la compétence nationale la politique macroéconomique, l’emploi, la santé, la sécurité sociale, l’éducation, la culture. Ce sont les fondements de la cohésion nationale et si j’ai employé le terme de fédération des Etats nations, c’est que je n’ai jamais cru à la disparition des nations. Les Etats-nations ont pour vocation, entre autres, de créer les
conditions du vivre-ensemble. Par conséquent, il faut laisser à la nation les moyens d’assurer la cohésion nationale. Qui voudrait l’uniformisation ? Ceux qui veulent imposer aux autres leurs conditions ou qui boudent dans leur coin, ceux-là veulent empêcher l’harmonisation par le haut. Car au fur et à mesure que l’Europe se développera, les minima sociaux augmenteront.
*Et puis la dimension sociale existe déjà fortement dans l’Union : l’égalité
femmes- hommes dès le traité de Rome, le socle minimum des droits sociaux (droit et
conditions de travail), les politiques structurelles, dont les partisans du non ne parlent jamais :
c’est l’exercice de la solidarité envers les régions sous-développées ou les régions en
difficulté. Elles disposent de 40 milliards d’euros aujourd’hui contre 5 milliards lorsque je les ai relancées grâce aux dispositions de l’Acte Unique (1987). Dois-je rappeler que 46% du territoire français ont été couverts par ces politiques structurelles ? Mais on ne voit jamais, comme au Portugal et en Espagne, des panneaux informant que « grâce aux fonds structurels, nous avons fait ceci ou cela », sauf peut être dans l’île de la Réunion. Le social c’est aussi le développement économique et social permis à tous, grâce à la solidarité européenne. Et c’est une croissance plus riche en emplois, grâce à une réforme de l’UEM.
*Enfin, le dialogue social –lancé par moi en 1985- se développe. Il a permis de signer quatre conventions collectives qui sont devenues des directives pour pouvoir être étendues à toute l’Union européenne. Il y a les accords européens par branches d’activité, les comités d’entreprise européens, … Je tiens à ce dialogue social pour une raison simple : dans une société où le pouvoir central agit directement, par communication ou sondages, avec le peuple, la démocratie recule. La démocratie a besoin d’intermédiaires, tant sur le plan politique que sur le plan économique et social. D’ailleurs, les pays qui réussissent le mieux dans leur adaptation aux mutations actuelles sont ceux qui ont un dialogue social nourri (Danemark, Pays Bas, Suède, Autriche) et des possibilités de consensus et d’accord. Ledialogue social, c’est un pilier de la démocratie.
Il ne faut donc pas fantasmer sur l’Europe sociale : elle existe déjà et le traité permet d’aller plus loin. Et, il y a aussi les tâches nationales à remplir : ce que les Français doivent faire pour eux-mêmes, l’Europe ne le fera pas pour eux !
*Mais, et surtout, le traité constitutionnel nous offre de nouvelles possibilités de faire avancer la consolidation des droits fondamentaux, l’exigence du social dans de nombreuses actions communautaires, l’avenir assuré des services publics, selon les traditions et la volonté de chaque pays
Car cette Constitution, c’est une communauté de droits, avec des avancées en termes de
sécurité et d’organisation des pouvoirs qui sera bien meilleure que l’actuelle. La communauté de droits à faire vivre, à approfondir et à défendre, ce sont le préambule, et lacharte des droits fondamentaux. Nos gouvernements ont décidé, de substituer aux rapports cyniques entre Etats, l’application commune des règles de droit.
Quand certains Américains se moquent de l’Europe, nous leur répondons, « oui, nous sommes fiers d’avoir remplacé soixante-dix années de guerre par soixante années de paix, en acceptant la suprématie du Droit ». Et nous espérons qu’un jour, la réforme des organisations internationales saura s’inspirer de ce bel idéal de compréhension de l’autre, de solidarité avec les autres.
Mentionnons aussi les pouvoirs donnés aux parlements nationaux et aussi le droit de pétition. J’ai rencontré hier le président de la Confédération européenne des syndicats qui m’a dit que réunir même 5 millions de voix, cela ne lui paraissait pas difficile. Demain la CES pourra proposer une loi sociale applicable à toute l’Europe. Il faudra en débattre. Voilà les progrès apportés par le traité constitutionnel : plus de démocratie à portée de la main.
*Sur la sécurité et la coopération judiciaire et policière, j’avoue avoir douté qu’à vingt-cinq nous parvenions à avancer ainsi aussi loin. Hé bien ! L’Europe avance sur le volet de lasécurité intérieure et la mise en commun des moyens pour lutter contre toutes formes de criminalité. Nous avons des amorces de défense commune, des institutions créées pour cela,des projections en Bosnie et en Côte d’Ivoire.
Oui, l’Europe est en train de se faire, elle se fera d’autant mieux qu’elle pourra utiliser, dans ces domaines, les dispositions du nouveau traité."
LIRE LE TEXTE INTEGRAL>>>
CONCLUSION
En 1930, la chape de plomb s’abat sur l’Europe : le fascisme, le nazisme, le nationalisme:c’est à ce moment qu’est né le mouvement fédéraliste pour lutter contre toutes les formes de nationalisme exacerbé. Dans cette Europe, des hommes et des femmes se sont levés pour dire non aux guerres civiles européennes, non au fascisme et au nazisme, non à la légèreté et à l’insouciance. Ces hommes et des femmes, je leur dois une reconnaissance éternelle. Certains sont morts pour leur idéal, en France, en Allemagne et dans toute l’Europe. Je ne veux pas les oublier, et je voudrais que nous soyons dignes d’eux. Car ce qui nous est demandé n’est rien à côté de l’épreuve de courage et de lucidité qu’ils ont affrontés. Ils nous ont légué un devoir :l’Union pour la paix, l’Union pour la renaissance de l’Europe, le fait que l’Europe ne soit pas marginalisée par l’histoire, mais demeure une vraie puissance capable de se faire respecter. C’est pourquoi le 29 mai, la France a rendez-vous avec l’Europe, avec son histoire.
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