Lundi 2 mai 2005 1 02 /05 /Mai /2005 00:00

 Réponse au texte d’Étienne Chouard sur le Traité
établissant une Constitution pour l’Europe

 par Bastien François

Professeur de science politique et de droit constitutionnel à l’Université Paris I (Panthéon-Sorbonne), auteur de Pour comprendre la Constitution européenne (Odile Jacob)

Le débat engagé sur le Traité établissant une Constitution pour l’Europe (TCE) est légitime : il est nécessaire d’échanger arguments et contre-arguments pour le « oui » ou pour le « non », et cela peut-être plus encore pour les citoyens de gauche (dont je suis, sans être membre d’aucun parti) dans la mesure où le TCE est accusé de bafouer les valeurs de la gauche  en faisant le lit de l’ultra-libéralisme.

A ce titre, tout le monde a le droit de s’exprimer, y compris bien entendu M. Chouard, professeur au lycée Marcel Pagnol de Marseille, et de faire valoir ses arguments. Le texte de M. Chouard a circulé partout en France dans les boîtes aux lettres électronique de nos concitoyens. Malheureusement, alors que M. Chouard commence son texte en revendiquant son identité de professeur de droit (qui s’est avérée usurpée…), son argumentation véhicule de nombreuses erreurs juridiques et de grossières incompréhensions du fonctionnement de l’Union européenne. Son texte  contribue donc à fausser le débat démocratique sur la Constitution européenne.

 J’ai donc pensé qu’il était essentiel d’en informer tous les citoyens, qu’ils soient partisans du « oui » ou du « non », pour qu’ils ne soient pas trompés par des arguments mensongers.

 

Afin de mieux être compris, je présente ici d’abord un résumé de des erreurs ou des approximations d’Etienne Chouard, puis une analyse plus approfondie sur les 5 points qui sont au cœur de sa démonstration. Merci de prendre le temps de me lire, et de faire circuler ce texte le plus largement possible, pour rétablir les bases d’un débat... non faussé.

Résumé :

1. « Longueur du texte » : Le traité tient en 28 pages format journal. Avec les annexes et les protocoles, c’est plus long, mais c’est parce que le texte fait la synthèse des 50 ans de construction européenne. Si l’on ne prend que ce qu’il y a de nouveau dans le TCE par rapport aux traités existants (qui sont compilés dans la partie 3), il n’y a que quelques pages à lire (les parties 1, 2 et 4 représentent moins d’1/5 du volume).

 

2. « Références libérales » : VRAI, mais le texte codifie dans le même temps de très nombreuses contraintes sociales et environnementales qui s’imposent dorénavant au niveau européen, contraintes qui n’étaient pas présentes dans les précédents traités (notamment les articles I-3, II-80 à II-97, III-116 à III-122, III-203 à III-224, III-233 et III-234).

 

3. « Révision nécessitant l’unanimité » : VRAI, MAIS c'est la situation de tous les traités européens existants.  Même s'ils ne s'appellent pas « Constitution », ils partagent avec le projet en cours le fait de n'être révisables que par ratification unanime et le fait d'être juridiquement supérieurs à la loi nationale. Cependant, le TCE sera plus facile à réviser que les traités de Nice et Maastricht, et en particulier pour la partie III grâce à une procédure de révision simplifiée et des clauses passerelles (art. IV-444 et IV-445). Surtout, le Parlement européen aura le droit d’initiative pour demander une révision.

 

4. « Caractère temporaire du Traité de Nice » : FAUX. Son article 11 stipule qu'il est établi pour une durée indéterminée.

(Ce sont aussi les mêmes dispositions qu’on retrouve dans l’article IV-446 du TCE et dans les traités précédents : l’article 51 du traité sur l’Union Européenne et l’article 312 du traité instituant la Communauté européenne.)

 

5. « Entrée de la Turquie facilitée et décidée par l’Union »: FAUX. Les compétences de l'Union sont très précisément définies (I-11 à I-18) :  l'entrée de tout nouveau membre est soumise à ratification de chaque État membre, selon ses règles constitutionnelles propres (I-58-2). La France a révisé sa constitution pour que toute nouvelle adhésion ne puisse être validée que par référendum, ce qui nous garantit un vote avant cette adhésion.

 

6. « Tous les pouvoirs appartiennent au Conseil des ministres et à la Commission » : FAUX. La Commission n’a qu’un pouvoir de proposition. Elle doit exécuter les décisions prises par le Conseil des ministres et le Parlement. Dans l’Union européenne, union des citoyens et des Etats, le pouvoir législatif a deux branches. Les citoyens sont représentés au Parlement, c’est l’une des branches du pouvoir législatif. Le Conseil des ministres représente, lui, les Etats membres de l’Union, c’est l’autre branche du pouvoir législatif. Les pouvoirs du Parlement européen ont été considérablement augmentés par le TCE, qui sera dorénavant sur un pied d’égalité avec le Conseil des ministres (procédure législative ordinaire III-396).

 

7. « Les Commissaires européens ne sont pas responsables devant le Parlement » : FAUX, les membres de la Commission (le « gouvernement européen ») sont proposés par le Conseil des ministres et investis par le Parlement européen (comme le président de la Commission, proposé lui par le Conseil européen) ; ils sont responsables à tout moment devant le Parlement qui peut voter une motion de censure contre la Commission.

 

8. « Le conseil des ministres n’est pas responsable devant le Parlement » : VRAI, mais NORMAL. Le Conseil des ministres n'est pas responsable devant le Parlement, car c'est la 2ème chambre législative. Imagine-t-on, en France, le Sénat responsable devant l’Assemblée nationale ? En revanche, chaque gouvernement national est responsable devant son Parlement national et donc devant ses propres électeurs. De plus, les délibérations et votes du Conseil des ministres seront publics (I-24-6), c’est une innovation majeure du TCE allant dans le sens de la transparence, du contrôle démocratique et de la responsabilité politique des gouvernements nationaux au sein du Conseil des ministres européens.

 

9. « Le Commissaire chargé du commerce international agit sans contrôle du Parlement » : FAUX (III-315-3), le commerce international fait l’objet d’une loi européenne ; le Conseil des ministres et le Parlement doivent être associés aux négociations.

 

10. « Pour la première fois, ce serait une caution populaire donnée à un traité européen » : FAUX, le traité de Maastricht a été lui aussi adopté en France par référendum en 1992.

 

11. « Les droits fondamentaux et les valeurs de l’Union sont de beaux principes généraux sans force contraignante »: FAUX. La conformité des actes de l'Union avec TOUS les articles de la Constitution est vérifiée par la Cour de Justice européenne (III-364), qui peut les annuler en cas de non-conformité (III-365). Toute personne peut saisir la Cour pour faire respecter ses droits (sur ce point, le TCE va plus loin que notre Constitution française qui ne permet pas de saisine directe du Conseil constitutionnel).

 

12. « Il aurait fallu élire une Assemblée constituante pour écrire le texte ». Toutes les constitutions, même les plus démocratiques, ne sont pas rédigées de cette façon. Le plus important ici c’est que la Constitution européenne a été rédigée par une « Convention européenne », comptant 72 élus (sur 105 membres), élus au suffrage universel direct, et représentative des principaux courants d’opinion en Europe (voir détail de composition dans la partie 4 ci-dessous)

La Convention a travaillé sur le texte dans la transparence et en public, en consultation avec les représentants syndicaux et associatifs, dans un dialogue constant et nourri avec la société civile européenne.

Rappel de la nature juridique de l’Union européenne

 L’union Européenne est un ensemble politique unique, une union d’Etats et de citoyens. Elle se constitue donc sous la forme d'un traité (accord international entre des Etats souverains) et d'une constitution (acte de souveraineté des citoyens). Jamais dans l’histoire des démocraties, jusqu’alors entièrement centrée dans le monde occidental autour du modèle de l’Etat-nation, n’a été créé de toutes pièces un véritable système politique démocratique supranational. D’où la nécessité de repenser de fond en comble les catégories avec lesquelles nous appréhendons de façon générale les systèmes politiques, et en particulier l’opposition traditionnelle entre le national et l’international. 

Car penser une Europe politique démocratique aujourd’hui c’est nécessairement rompre avec ce type d’opposition entre le national et l’international, c’est inventer quelque chose de nouveau qui tienne compte de l’existant (il y a des Etats européens souverains, des cultures politiques nationales, des intérêts nationaux), qui s’inscrive dans une continuité (les traités qui ont scandé la construction européenne) mais qui permette dans le même temps de s’en dégager pour bâtir un nouveau mode de démocratie. Autrement dit, nous devons apprendre à penser le national en même temps que l’international, sans les dissocier. C’est ce qu’essaie de faire ce « traité établissant une Constitution pour l’Europe ». Il s’agit bien d’établir une constitution inter-nationale, européenne.

 La suite sur le site des verts : http://lesverts.fr/article.php3?id_article=2307

ou sur le blog de D Strauss-Kahn : http://www.blogdsk.net/

 

 

 

Par Le Flohic - Publié dans : argumentaire
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Dimanche 1 mai 2005 7 01 /05 /Mai /2005 00:00

Qu'y a-t'il dans notre bonne vieille constitution?

http://www.conseil-constitutionnel.fr/textes/constit.htm

Par Le Flohic - Publié dans : Fiches techniques
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Dimanche 1 mai 2005 7 01 /05 /Mai /2005 00:00

 Nous lançons donc officiellement notre site de campagne Jeunes Verts : Avec les Jeunes Verts, votez OUI au traité constitutionnel Européen Sur ce site vous trouverez 25 raisons de voter "oui", chaque fois étayées par un article.

 1ière raison de voter OUI : Le TCE interdit la peine de mort

Article II-62, 2 : Nul ne peut être condamné à la peine de mort, ni exécuté.

jeudi 28 avril 2005

2ième raison de voter OUI : Le TCE renforce la politique étrangère et de sécurité commune de l'Europe. Il crée un ministre européen des affaires étrangères

Article III-294, 2 : Les États membres appuient activement et sans réserve la politique étrangère et de sécurité commune dans un esprit de loyauté et de solidarité mutuelle. Les États membres œuvrent de concert au renforcement et au développement de leur solidarité politique mutuelle. Ils s'abstiennent de toute action contraire aux intérêts de l'Union ou susceptible de nuire à son efficacité en tant que force de cohésion dans les relations internationales.

Le Conseil et le ministre des Affaires étrangères de l'Union veillent au respect de ces principes.

« Il s'agit manifestement d'empêcher la Grande-Bretagne (ou tout autre pays membre) d'agir à nouveau unilatéralement au sein d'une alliance militaire ou politique avec les Etats-Unis. Le président américain a récemment averti qu'il ne fallait pas utiliser l'Union européenne comme un instrument de puissance mondiale susceptible de détrôner l'Otan : c'est précisément ce que la Constitution européenne cherche à faire. » (Charles Moore, Daily Telegraph)

Par Le Flohic - Publié dans : argumentaire
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Dimanche 1 mai 2005 7 01 /05 /Mai /2005 00:00

 Un site (http://www.ligloo.net/) qui répond de façon très claire au site dont vous avez peut-être entendu parler : celui de Etienne Chouard ( http://etienne.chouard.free.fr/Europe/)

Le référendum est une vraie chance pour le France et pour l’Europe. Les sondages qui donnent le non gagnant montrent que nous sommes à deux doigts de louper cette étape majeure pour une Europe démocratique.

Ce que vous trouverez sur ce site :

Je donne ici les bonnes raisons pour lesquelles je vote oui avec enthousiasme

Ici, je réponds aux principaux arguments du non

L’analyse négative d’une certain Etienne Chouard circule sur le web et sert référence aux nonistes. J’y réponds ici point par point.

La même chose au format PDF : Réponses à Etienne Chouard au format PDF

 Alors lisez le texte, écoutez les arguments des uns et des autres mais n’oubliez jamais l’essentiel : on ne vote pas pour ou contre Chirac :

On vote pour construire une grande Europe démocratique

 

Si vous trouvez que ça ne va pas assez loin : assurez-vous que le non vous apportera plus et plus vite

Si vous pensez que la constitution est anti-démocratique : on vous a trompé !

Si vous pensez que la constitution n’est pas révisable : c’est faux, elle l’est et les modalités de révision garantissent le maintien de notre souveraineté nationale

Si vous pensez que la constitution est « libérale » : la construction de l’Europe est avant tout économique. C’est le cas depuis 50 ans. Pour la première fois on se essaye à 25 pays de mettre en place une constitution pour ces traités économiques « libéraux » soient pris de manière plus efficace et démocratique. Le TCE est une avancée démocratique majeure dans une histoire économique « libérale ».

Si vous pensez que le texte est trop compliqué : ce n’est pas vrai pour la partie constitutionnelle et c’est vrai pour la partie économique. Mais ce n’est pas une raison pour voter non. Le texte est compliqué parce que nous sommes beaucoup de pays et que l’on veut avancer sans rupture.

La suite sur : http://www.ligloo.net/
Par Le Flohic - Publié dans : argumentaire
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Dimanche 1 mai 2005 7 01 /05 /Mai /2005 00:00

Commentaire trouvé sur le blog d'Arrêt sur images : http://www.bigbangblog.net/breve.php3?id_breve=79

Suite au débat entre deux internautes.Je le reprends à mon compte :

" Remettons les choses en perspectives. Le référendum qui nous est proposé a pour question de fond que nous nous prononcions sur la poursuite de la construction européenne. Cette question de fond prend la forme de l’approbation d’un texte.

C’est ce glissement du fond à la forme qui est la source de nombreux débats glissants, tronqués et finalement chiants, y compris sur ce site. Quand au débat de fond, il se résume à : "construisons l’Europe" d’un côté et "pas cette Europe là" de l’autre. Point barre.

Le glissement vers le débat purement technique est pain béni pour les supporters du non : il se trouvera toujours un article pas clair, une formulation tortueuse sur lesquels n’importe qui pourra se rengorger en passant pour un grand môssieur, avec la gloriole de pouvoir laisser une trace écrite sur un blog (ce que je fais aussi, certes). De plus, les conventions et les possibilités de discussion sur les blogs renforcent ce biais : il est si facile de citer un commentaire hors contexte pour mieux le démonter (renforcement naturel de la technique du "straw man argument" cf Ceteris Paribus et wikipedia), il est si facile de googler et de trouver une page réfutant un point précis hors contexte et de balancer un raccourci rageur.

Que pèsera en terme de conséquences pour L’Europe un article à la rédaction peu claire, par rapport à la poursuite du projet européen dans son ensemble ou à l’arrêt temporaire ou définitif de ce projet ? Le débat dans sa forme technique actuel est purement illusoire et prête le flanc à toutes les manipulations. Il permet de voter non en toute bonne conscience et sur la foi d’une fausse rationnalité.

Les hommes politiques favorables au oui ont été jusqu’à présent incapables de sortir de cette ornière en proposant une mise en perspective dynamique de l’enjeu qui nous fait face. Il a fallu que ce soit un semi-ex-futur retraité de la politique comme Jospin qui ose pour la première fois invoquer la perspective historique de ce scrutin. Comme si c’était sale. Comme s’il était beaucoup plus intelligent de prendre un air pénétrant et de citer "oui mais attention la partie III, hou là là, la partie III".

La configuration actuelle qui mènerait à la victoire du non me semble une abdication collective de la raison, ou plutôt un dépassement des capacités de jugement rationnel de notre pays, avec l’expression finalement purement "tripale" de notre mécontentement, déguisé pour les catégories les plus éduquées dans un embrouillamini d’arguties pseudo-juridiques, permettant de se donner en dernier recours un bonne conscience salutaire.

Cette abdication collective de la raison se produit dans un pays en paix, moderne et riche malgré tout. Et c’est en définitive un bon cas d’école pour extrapoler sur l’écroulement de la raison collective dans d’autres circonstances historiques, autrement plus difficiles en termes de conditions socio-économiques et qui ont vu d’autres référendum...

En résumé, j’ai les boules."

 

 

Par Le Flohic - Publié dans : Point de vue
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